« El HADRA KILILA », la mixtape de Fada Vex ou le Rap de source
By administrator On 28 fév, 2012 At 04:37 | Categorized As Arts/Culture | With 0 Comments

 

Par Atiqa  Belhacene

EL Hadra Qlila ne fera peut-être pas le tour des radios et ne fera pas trembler le verre fumé des voitures mais figurera dans la collection de chaque amoureux du véritable Rap

             Quoique souvent jugé comme ne figurant pas dans les meilleurs lyricaux du rap algérien, Il est néanmoins incontestable que la nouvelle mixtape  «  EL HADRA QLILA »  du rappeur algérien Fada Vex constitue un pas d’exception et une roche nécessaire pour l’éprouvant et long édifice qu’est la musique algérienne.  

            Après Ramz El Mektoub, Fada Vex revient en fin d’année 2011 avec une mixtape composée de dix huit titres dont neuf Featuring  et avec la participation de huit productions. Reluisante lumière dans l’horizon assombri du rap algérien de ces dernières années, faute de moyens et d’opportunités ou simplement de compétences. Fada Vex ramène au rap sa véritable identité à savoir un art essentiellement collectif. Respectable car chose rare que de partager la moitié de ses titres avec des confrères et non seulement les plus attendus tels que Mc Rafale-A, l’acolyte du parcours dans le rap oranais ou alors Banis, le membre du groupe T.O.X ou encore Ghazateam à qui l’unit tout un album. Ignorant toutes les éventuelles accusations d’incapacité de remplir seul les dix huit titres, Fada Vex invite aussi à sa compilation chacun d’Azpak Abrasax, Xenos, A-Karabine, L’Nfect, Systemman et Mc-A. Il propose une compilation à voix et à voies multiples dans un univers marqué par la rudesse de la compétition et laboure ainsi le champ pour la semence d’une dynamique de créativité dans le rap Algérien. Il travaille pour l’instant mais avec un regard aiguisé vers le futur du rap algérien qui ne peut être construit qu’en s’entraidant et se soutenant entre artistes en premier lieu pour pouvoir constituer une force de proposition capable de se faire entendre dans la musique algérienne .

            Fada Vex s’expose au danger du décalage des niveaux des couplets entre artistes  et par ceci à la détérioration de la qualité des morceaux musicaux. Il s’y risque et tant mieux. Avec l’Nfect et à qui le sépare le nuancier de la voix et la manière de poser, fluide chez L’Nfect et plus discourielle pour Fada Vex , ils proposent sur « Tharwa et Thawra » construit un peu à la manière du face à face idéologique,  une très belle harmonie et une grande  complémentarité entre deux rappeurs que tout sépare. «  Normal »  Featuring Banis et Azpak Abrasax est, quant à lui, une véritable prouesse lyricale, un jeu de mots comme on en a presque oublié dans le rap Algérien.

            Connu pour son langage élaboré entremêlant le dialecte oranais à l’arabe classique et ses ornements lexicaux, Fada Vex est toujours aussi fidele à sa première signature dans le rap algérien. Métaphores, inspiration de dictons populaires et rimes surprenantes sont toujours a ce rendez-vous musical. Sur « Fatima », le refrain se résume en l’expression populaire « Fatima rahet lel wed tersel nset essaboun » tantôt détourné par l’artiste au service des connotations du texte. Pour les instrus, l’artiste fait appel à neuf confrères dont deux DJ  et donc à neuf univers musicaux différents et qui gardent, ainsi,  à la compilation musicale ses caractéristique d’innovation et de variation.

            Interrogations sur l’actualité du monde et  la société algérienne,  El Hadra Qlila est une mixtape de Rap « de source ». Loin, très loin de la prostitution du rap algérien de ces dernières années auprès du Rai, non seulement musicalement mais également lyricalement et en tant que musique intrinsèquement engagée et révolutionnaire, Fada Vex défie les réalités économique et culturelle  de la musique algérienne et propose une mixtape d’élite , pour les amoureux de Rap et les nostalgiques d’une période ou le microphone d’un rappeur faisait secouer les cœurs et les consciences avant de secouer les ventres et les hanches dans les boites de nuit.  

            «  On ne danse pas sur ma musique donc je ne serai jamais une super star », a dit le rappeur français kery James. EL Hadra Qlila ne fera peut-être pas le tour des radios et ne fera pas trembler le verre fumé des voitures mais figurera dans la collection de chaque amoureux du véritable Rap et s’inscrira, incontestablement, pour les critiques et les historiens dans la catégorie du rap algérien qui essaye de marquer les esprits par la  qualité de l’œuvre et non par le nombre de discs vendus ou la popularité, l’autre face du miroir, le rap pour l’autre et non pour soi. Le Rap qui n’oublie jamais d’où il vient et le but pour lequel il a été enfanté et chérit par les hommes, il y’a plus d’un demi siècle maintenant.

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