ZA3MA, le sérieux d’une musique derrière le satyre d’un pseudonyme
By administrator On 16 fév, 2012 At 06:24 | Categorized As Actualités, Arts/Culture, Non classé | With 0 Comments


Quand la société ne vient pas à l’art car trop encore préoccupée par sa mal-vie, c’est à l’art alors d’aller vers cette société

Par Belhacene Atiqa

 Derrière les murs de la maison de la culture de la wilaya de Mostaganem, bien loin de l’œil du monde, un groupe de jeunes musiciens transcende la  rigidité de l’ouïe nue pour réinventer les musiques des fonds des terroirs algériens. Entre la musique Gnawi, le Chaâbi et El Melhoun , le Sahara puisant racine dans la méditerranée , le sable doré au sel et le sucre mouillé au vinaigre , ZA3MA proposent à leur auditoire toute une palette de sons et de sens qui sans prétention à s’élever au dessus des juxtapositions instrumentales et musicales classiques , se foisonnent et s’entremêlent  comme dans un rituel lyrique ,  si bien qu’ils rendent à la musique la candeur de son essence originel à savoir un processus de spiritualité propre à la nature humaine .
Constitué depuis une année, Ils s’appellent ZA3MA, ont quatre Za3ma musiciens et un Za3ma vocaliste, créent des Za3ma chansons, font des Za3ma répétitions et assurent des Za3ma scènes musicales. Za3ma, autrement dit « à peu prés ».Le satyre prémédité. Un pseudonyme lui-même dénonciateur d’une réalité algérienne amère, celle de la médiocrité régnante et de l’incompétence généralisée. Ces jeunes peignent de la façon la plus élémentaire un Za3ma état Algérien : celui du Pseudo président qui fait de la pseudo démocratie pour les pseudos citoyens. Celui du Ze3ma ministre de la jeunesse qui fait les Ze3ma projets pour la Ze3ma intégration du jeune algérien. Celle aussi du Ze3ma professeur, du Ze3ma chef de service et de tous les autres Ze3ma responsables. A pseudo état et à pseudo peuple, la pseudo musique. Ils le clament : «  Nous ne sommes pas un groupe, nous sommes un Za3ma groupe ».
Les scènes de Za3ma sont à chaque fois une réhabilitation de la musique de chantier, celle ou l’auditoire, aussi novice fusse t-il, voit et écoute le réel effort et le travail écoulé pour  bien faire , celle qui sent le laboratoire à plein nez, la recherche, dans le dialogue, des possibilités , jamais des limites, non seulement de la musique mais également des textes car Za3ma, ça ne chante pas seulement, ça raconte, ça discute ,  ça écrit pour transmettre et même quand ils s’adonnent aux classiques de la musique algérienne , Za3ma ne reprennent pas mais réinterprètent, revisitent pour resservir , autrement .
Za3ma n’est pas une simple prestation artistique de jeunes épris de musique et entremêlant leurs visions esthétiques sur l’écriture et le chant car quand ils décident de sortir chanter dans une place publique, Za3ma devient une interrogation des moyens classiques de la représentation de l’œuvre et de sa mise en disposition du public. Ces jeunes ont pris conscience d’une réalité, celle du véritable rôle de l’artiste qui se doit d’être un entrepreneur, un leader culturel, un créateur de mouvement, en résumé, UN ACTEUR DANS LE CHANGEMENT. Quand la société ne vient pas à l’art car trop encore préoccupée par sa mal-vie, c’est à l’art alors d’aller vers cette société, d’envahir ses quotidiens, de lui parler dans son propre langage pour transmettre un message de partage et de vivre ensemble. Loin des opéras du ministère de la culture, du cout exécrable des cabarets et de l’élitisme des centres culturels et salles de concerts, ZA3MA entreprennent les voies sinueuses qui mènent au fond des terroirs et des quartiers pour peindre l’authenticité d’une société qui est la leur. Ces jeunes construisent, alors et à coup sur, une compréhension artistique pour le slogan « du peuple au peuple ». Chômage, Harga et Hogra, 3 e mandat, place du jeune algérien, amour et amitié, ils proposent par leur démarche et son contenu, une réelle alternative artistique.

Chanter dehors , se réapproprier la rue, rien de nouveau sur la planète à première vue mais ceci n’est guère simple dans un pays ou les rues n’appartiennent pas au peuple mais à un régime qui même après avoir levé l’état d’urgence continue à installer des places d’urgences et des Zonka d’urgence , à limiter l’espace public avec l’exigence de toute une chaine d’autorisations pour la moindre action , la moindre manifestation , culturelle fusse t- elle aussi . Ailleurs dans le monde, on s’assoit à la place de la mairie, à l’arrêt de bus, au métro, et on chante. Loin d’être le cas en Algérie ou maintes prestations artistiques « DEHORS » ont été interdites. Rien qu’en osant se réapproprier une place publique «  Ta3 Cha3b », l’attentat musical de Za3ma est une  initiative grandement salutaire.
Une voix suave et envoutante, des compositions chamanes et troubadours, une disposition scénique théâtrale et des textes poétiques, formule basique mais qui crée, avec géni, l’élégance musicale d’un groupe, pourtant, encore au stade embryonnaire. Puisse un pareil talent trouver le soutien,  les opportunités et la considération qu’il mérite car la scène musicale algérienne très polluée, a réellement besoin d’un nouveau souffle. Un groupe comme Za3ma ne peut que l’aider à mieux respirer.
ZA3MA sont joignables sur facebook .

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