Notre football est actuellement dans une crise quasi-chronique (*)
By administrator On 20 déc, 2017 At 12:05 | Categorized As Infos_show, Sport | With 0 Comments

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Débat sur le symposium pour le renouveau du football algérien

Par Abaci M’hamed

Financier et auteur de deux ouvrages : Comptabilité des sociétés et Gouvernance des entreprises

Pour aborder la question, il serait plus judicieux de rappeler et souligner que le football professionnel n’est pas un choix, mais une exigence, et par conséquent les clubs sportifs professionnels deviennent des agents économiques indissociables de la vie socioéconomique et contribuent au PIB du pays, un fait qu’on ne peut remettre en cause.

On pourrait élargir la question et la poser en ces termes : qu’apportent donc à l’économie du football algérien les conseils d’administration porteurs d’actions dans les SSpa ? En effet, notre sport-roi, le football professionnel, est actuellement au centre de l’actualité nationale d’une brûlante crise quasi-chronique à cause d’une gestion et d’une gouvernance incohérentes ne permettant pas d’attirer des investisseurs ou de nouveaux actionnaires qui connaissent l’économie.

Ce qui soulève une grande inquiétude sur l’avenir du football professionnel en Algérie, c’est aussi de l’économie, encore plus celle des dirigeants et des conseils d’administration des clubs sportifs professionnels qui se montrent incapables de s’ajuster aux règles et mécanismes de l’économie et d’apporter des propositions ou des solutions en ce sens à l’économie du pays en cette grande période de crise énergétique mondiale qui frappe au plus fort l’économie nationale. Ainsi, ils restent très peu ouverts aux acteurs économiques, la presse et à la société civile en bon pouvoir sportif-économique.

Alors qu’ils sont des sociétés à part entière qui ont l’obligation de réaliser des résultats économiques et financiers. «Dommage, le fait central est l’absence de débats sur la question de l’économie du football en Algérie pour construire sereinement le modèle économique qui permettra la nécessaire autonomie financière des clubs professionnels». En effet, le football professionnel algérien vit actuellement un paradoxe, sachant que la majorité des clubs professionnels ne respectent pas la pratique des notions du professionnalisme et la gestion des Sociétés par actions (SPA) qui relève du droit privé (codes de commerce et civil) ou encore apporter des acquis pour la jeunesse algérienne et pour le pays en général. Faut-il s’en étonner ? Certainement oui.

Rien n’a changé ou évolué, nous avons toujours un championnat classique et qui est pratiquement à la charge exclusive du Trésor public et aux seuls moyens de l’Etat mais sans aucune culture économique pour donner un ancrage solide à la financiarisation de l’économie du sport et traînant des bilans cumulant des déficits, des dettes et un actif net négatif ; cela suppose le dépôt de bilan à défaut d’une restructuration financière. A notre humble avis, on ne peut pas continuer à faire du football professionnel «une affaire exclusive de l’Etat» dans la mesure où nos clubs professionnels ignorent tout de l’économie du sport et du droit des sociétés, quand on sait qu’à part le salaire et le recrutement des joueurs avec des sommes faramineuses, sans obéir à des critères de performances capables de produire de grands joueurs pour notre équipe nationale.

Aujourd’hui, il faut un besoin structurel de financement qui provient du processus de l’économie du sport. «Dès lors qu’il n’est pas possible de compter sur les subventions de l’Etat pour financer les dépenses». Un vrai défi sur l’avenir du professionnalisme en Algérie.
A ce propos, il est impératif d’insister auprès des concepteurs de l’instauration du professionnalisme en Algérie qu’un club professionnel est celui qui sait investir, créer et développer l’économie du sport, la formation, produire de grands joueurs pour l’équipe nationale et le transfert de joueurs à l’international.

Sans cela, la professionnalisation de nos clubs sportifs n’a aucun sens, pour ne pas dire qu’elle est inexistante.
Malheureusement , 7 ans après le lancement du professionnalisme en Algérie, les sociétés sportives par actions (Sspa), sont demeurées fortement dépendantes des subventions de l’Etat que de leurs actionnaires, très peu attractives envers les investisseurs et ne sont pas mieux gérées dans un esprit d’entreprise pour un rôle plus renforcé et responsable dans l’enceinte économique pour, notamment, fonctionner dans le respect des dispositions du droit privé (codes du commerce et civil).

Cela risque de voir couler certaines d’entre elles face aux risques croissants d’un mode de gestion d’une qualité assez médiocre qui pèse sur la pérennité des clubs professionnels quand on sait, d’une part, que la plupart traînent aujourd’hui un passif accumulé et aggravé des déficits chroniques, déliquescence, cessation de paiement dont 21 clubs sur 32 que comptent les Ligues professionnelles 1 et 2 n’ont pas encore apuré leurs dettes et dégagent un actif net comptable négatif.

La situation financière est loin d’être saine, cela équivaut au dépôt de bilan à défaut d’une restructuration financière. D’autre part, aucune Sspa apparemment n’est préposée à ce jour d’un quelconque projet économique, commercial ou sportif, voire la concrétisation d’un partenariat porteur de perspectives de développement.

Aujourd’hui, en faisant un bref bilan des Sspa, nous constatons en effet que la majorité d’entre elles sont dans une situation de quasi-faillite et leur limite en management d’entreprise, et ceci malgré le fait qu’elles soient toujours gouvernées par une politique rentière basée essentiellement sur les subventions publiques dont 90% environ vont aux salaires et primes des joueurs aux dépens de l’investissement, la formation et de la rentabilité des finances.

Cela résume tout le malaise d’une gestion critique qui révèle une faille sérieuse qui indique notamment que nous n’avons pas travaillé sur l’instauration et le développement du professionnalisme au sein de nos clubs qui consiste à bâtir une économie du sport et l’équipe nationale est le fait de joueurs formés et évoluant à l’étranger.

Une situation avec laquelle l’argent et les actifs du sport ne sont pas encore orientés ou utilisés dans un esprit d’entreprise afin d’occuper une place essentielle dans l’économie nationale pour asseoir une assise de commercialité dans les clubs professionnels à l’instar des clubs européens qui ont tellement innové dans l’économie privée qu’ils ont révolutionné aujourd’hui le football professionnel, sport-roi à travers le monde.

A titre d’exemple, l’activité économique des clubs professionnels du football, selon les statistiques, génère en France environ 6 milliards d’euros, 26 000 emplois et les contributions fiscales et parafiscales qui s’élèvent à 1,54 milliard d’euros/an. Alors que chez nous, la question des charges sociales, bien plus que celle de la fiscalité, est un des handicaps de pérennité de nos clubs.

La plupart de nos clubs professionnels ne s’acquittent pas de leurs obligations fiscales et parafiscales

Cela nous paraît trop injuste dans la mesure où des cadres supérieurs qui ont fait des études universitaires et dont l’apport en milliards à leurs entreprises ou au pays perçoivent difficilement
150 000 DA/mois (15 millions de centimes).

De plus, tous les travailleurs et les retraités sont contrôlés et soumis à la cotisation à la source. Cela résume tout le malaise d’une gestion beylicale (étatiste), parce que nos clubs professionnels sont fortement dépendants de l’Etat que de leurs actionnaires et des mécanismes du marché tant qu’ils profitent toujours de la clémence des pouvoirs publics qui les gâtent par des subventions et des aides conséquentes.

En outre, ces élections pour le renouvellement des staffs des dirigeants de fédérations passent pour la plupart selon les critères de clans, bien que nombre d’entre eux ne soient pas vraiment initiés aux règles de management en économie, en sport, en organisation ou en droit des affaires pour cerner justement cette réforme sportive à adapter aux réalités qui cadrent avec les règles et les principes qu’offre la professionnalisation d’un club, à savoir bâtir une économie du sport au service des sociétés sportives et du développement de grands clubs modernes et de la formation des jeunes.

Oui, ces clubs qui persistent et trouvent normal de demander à l’Etat toujours et encore plus d’argent avec une part importante octroyée sur une simple distribution des subventions, alors que notre pays a fait le choix de l’économie de marché consacrée par la Loi fondamentale qu’est la Constitution pour sécuriser notamment les investisseurs et faciliter l’accroissement des capitaux propres des entreprises. En revanche, celle des actionnaires porteurs d’actions dans ces clubs est très limitée, voire encore le patrimoine public mis à leur disposition est livré à une gestion, bien entendu économiquement et financièrement anarchique en l’absence d’une obligation de résultats et de transparence.

De ce fait, il s’agit là d’une question d’importance majeure pour asseoir une assise de commercialité, et par conséquent créer les conditions de l’indépendance financière future des clubs, à savoir l’ouverture du capital social et le changement de management, plutôt qu’avec les politiques de subventions et d’aides publiques actuelles, sachant que les clubs professionnels sont considérés comme des sociétés par actions et jouissent de la personnalité juridique morale et de l’autonomie pour fonctionner dans le respect des dispositions du code de commerce et du code civil et selon les normes universelles de management d’entreprise à travers leurs organes prévus à cet effet dont, notamment : le conseil d’administration, qui est attributaire des pouvoirs les plus étendus pour administrer les capitaux et agir en toute circonstance au nom de la société sportive, l’assemblée générale des actionnaires souveraine dans toute décision stratégique pour justement adopter des politiques et des stratégies d’entreprise en améliorant les capacités managériales pour relever le défi du professionnalisme et, par voie de conséquence, la politique du sport en Algérie.

Comment espérer un professionnalisme avec des clubs rentiers qui n’ont jamais réussi à atteindre l’objectif tracé, à savoir l’autofinancement ? Et quand on sait qu’un club professionnel moyen fonctionne aujourd’hui avec en moyenne entre 20 et 40 milliards de centimes, voire 80 milliards au Mouloudia d’Alger par saison sans l’esprit pro, dont 80% des finances environ proviennent de l’Etat et ses démembrements, «alors qu’il n’y a aucune raison de le faire avec les clubs professionnels régis par le droit privé».

Or, apparemment, le nouveau modèle de croissance adopté en 2016 par le gouvernement qu’il compte mettre en œuvre pour sortir de la crise budgétaire et économique que vit le pays aujourd’hui n’évoque pas une quelconque place de l’économie du football pour permettre aux clubs d’évoluer vers un gouvernement d’entreprise plus conforme aux règles généralement admises du droit commercial et de la bonne gouvernance économique du pays. Oui, il n’y a qu’à bien regarder les clubs européens comme le Barça, le Real Madrid, Manchester, Liverpool, le Bayern Munich, Chelsea, Arsenal… Ce sont de véritables entreprises et beaucoup d’entre elles sont cotées en Bourse des valeurs.

Donc, s’il y a un dossier urgent sur lequel appellent des engagements de la nouvelle équipe fédérale (FAF), élue le 20 mars dernier, c’est bien celui de l’application réelle du football professionnel qui est aussi l’économie, mais resté jusque-là dans la forme et confus dans le modèle dit sport amateur, dont les dirigeants de clubs professionnels n’ont pas encore acquis la culture du football professionnel, ils passent toute l’année à gérer les salaires des joueurs et d’un championnat conçu à la charge et aux seuls moyens de l’Etat.

Cela aux dépens également des objectifs du professionnalisme qui est une question par laquelle évolue le développement du football au niveau international qui doit inciter à une réflexion de fond et sur la professionnalisation des clubs professionnels est très attendue, combien important et nécessaire pour élaborer une vraie feuille de route devant s’inscrire dans l’esprit et les fondements de l’économie du sport visant à préserver non seulement les actionnaires et les investisseurs, mais aussi les intérêts du contribuable devant conduire surtout à mettre en place une transition d’intelligence économique afin de trouver les mécanismes nécessaires pour créer les conditions de l’autonomie et de l’indépendance financière futures des clubs professionnels. L’heure serait donc de restaurer les finances du sport, ce qui s’avère incontournable à l’ère de la nouvelle économie, notamment les Sspa dans leur ensemble sont bien sous-capitalisées et non rentables, ces dernières n’ont pas aussi la capacité d’investir.

Cette situation s’est aggravée par le déficit chronique, particulièrement par le coût de fonctionnement élevé dont la masse salariale est la première charge des sociétés sportives qui représentent jusqu’à 80% du budget de fonctionnement, charge très élevée comparativement aux clubs européens professionnels qui fonctionnent avec une masse salariale brute (salaires, charges fiscales et parafiscales) en moyenne entre 45 et 64% du budget dont entre 40 et 45% représentant les salaires. A ce sujet, l’assiette de cotisation des joueurs des clubs professionnels en Algérie est fixée à 15 fois le Snmg, soit 27 millions de centimes/mois (270 000 DA).

A notre avis, il est inconcevable d’évoquer cette question de plafonnement des salaires, quand on sait que ces clubs sont régis par le droit commercial, ils sont autonomes de leur gestion à travers leurs organes sociaux, dont ils détiennent la propriété où chaque club est libre d’arrêter sa politique salariale, c’est-à-dire qu’on n’a plus le droit d’imposer ou de fixer administrativement quoi que ce soit aux entreprises.

Le droit des sociétés leur impose de tenir une comptabilité commerciale dite financière, devant servir de base pour les cotisations de sécurité sociale et le calcul d’imposition fiscale, à savoir les salaires supérieurs à 120 000 DA/mois fixés dans le barème de l’IRG/salaires, sont imposés selon le régime de l’IRG des hauts revenus, sachant que les salaires versés par les clubs professionnels dépassent les 50 millions de centimes/mois, voire 400 millions de centimes/mois pour certains joueurs avec en plus des primes de signature qui sont généreusement proposées aux joueurs.

Les cotisations de sécurité sociales (Cnas), sont fixées à 9% à la charge du joueur et 25% à la charge de l’employeur (la Sspa). Dans de pareilles conditions, l’économie du sport est totalement occultée et que l’on peut expliquer par un modèle économique et financier inexistant, à savoir peu d’actionnaires potentiels ou d’entreprises actionnaires.

Il va sans dire que le dossier du professionnalisme semble être mal géré et s’enfonce dans une anarchie inconcevable qui n’a pas fini d’alimenter la chronique sportive nationale et qui pose aujourd’hui un problème crucial : actionnaires de sociétés commerciales ou simples rentiers ? En effet, rien n’a encore changé entre le football amateur et professionnel dans la mesure où le discours sportif et environnemental se résume en deux mots : «football et fric» sans mener des missions d’intérêt général pour renforcer l’attractivité du sport pour le public et les investisseurs.

En d’autres termes, faire de nos clubs sportifs professionnels un outil pour le développement d’une économie locale par le développement des structures sportives dans les Sspa avec l’ouverture du capital social de l’actionnariat populaire aux investisseurs nationaux ou étrangers de venir investir dans nos clubs.

L’intérêt de la société sportive, du club et du joueur dans un cadre légal et transparent

Cela représente un défi en attente pour l’équipe fédérale qui est supposée mettre en place une stratégie d’influence efficace pour instaurer et développer le professionnalisme au sein de nos clubs sportifs professionnels et les actionnaires doivent exercer leur métier de manager ou d’entrepreneur plus attaché à l’esprit d’entreprise, et par conséquent augmenter leur pouvoir d’action économique et financier dans les Sspa, alors que ces derniers sont toujours absents de toute dynamique d’investissements ou d’ouverture de capital social. Oui, dans cette optique, aucune Sspa apparemment n’est préposée à ce jour d’un quelconque projet économique, commercial ou sportif, voire la concrétisation d’un partenariat porteur de perspectives de développement.

L’histoire retiendra que nos clubs, tout en étant à l’époque sous statut amateur, ont apposé leur supériorité à l’international en remportant plusieurs titres et coupes à l’Algérie et ont marqué de leur empreinte la formation à travers leurs propres écoles et la production de grands joueurs de niveau mondial à l’équipe nationale où l’Algérie s’est qualifiée au Mondial en 1982 et 1986 et a remporté une fois la Coupe d’Afrique, deux médailles d’or et a été qualifiée plusieurs fois à la phase finale et demi-finales de la CAN, et ce, avec peu de moyens et d’avantages pécuniaires comparativement à aujourd’hui.

En conclusion, il est aujourd’hui fondamental d’œuvrer à imposer des règles de saine gestion, car l’aspect relatif à la gestion et à l’usage de l’argent public destiné à ces derniers impose leur rentabilité et leur contrôle rigoureux, car ils sont comptables devant l’Etat, les contribuables et les actionnaires.

En effet, la sanction de la vie financière des clubs sportifs professionnels est suffisamment sérieuse pour que la comptabilité financière soit encadrée aux normes comptables internationales et de la nécessité de normaliser la gestion financière des Sspa par l’élaboration d’un plan comptable spécifique (sectoriel) qui permet justement de concevoir et de développer des règles et méthodes de contrôle des finances pour lutter contre toutes formes de mauvaise gestion et de malversations, car aucun projet d’investissement, aucune décision d’un club n’est crédible à l’égard des investisseurs ou des actionnaires et des tiers intéressés si la qualité du management, la régularité et la sincérité des comptes sociaux ne sont pas soigneusement établies. Dès lors, quelle transparence avons-nous des Sspa ?

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